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  • Grimpeuses

Portrait : Catherine Destivelle, icône de l'alpinisme au féminin

Première star de l'escalade, Catherine Destivelle a inspiré toute une génération de grimpeuses. Retour sur un parcours, récompensé aux Piolets d'Or en 2020, teinté d'ambition et de polyvalence - des compétitons aux performances en falaises, en passant bien sûr par l'ouverture d'une voie sur les Drus, dans les Alpes, et par l'ascension de l'Eiger (3967 m), mythique sommet suisse.


Considérée aujourd’hui comme l’une des plus grandes alpiniste de l’Histoire, Catherine Destivelle, couronnée ambassadrice de la montagne par le grand public (Paris Match lui a dedié plus de 15 reportages), découvre l'escalade dans la forêt de Fontainebleau avec ses parents, en crapahutant sur les rochers.


Quelques années plus tard, alors âgée de douze ans, elle s'initie aux subtilités du grès local grâce au CAF. Ses capacités physiques, son enthousiasme et son audace la font rapidement sortir du lot.


Après avoir écumé les blocs de Fontainebleau et les faces nord de l'Oisans, elle traverse une phase de doutes aux alentours de la vingtaine. C'est alors qu'une rencontre va bouleverser sa vie, celle avec Lothar, un alpiniste allemand habitué des médias qui perçoit très vite le potentiel de la jeune grimpeuse.


La première star de l'escalade


Les années suivantes vont faire de Catherine une grimpeuse professionnelle. L'une des premières femmes à accéder au huitième degré en falaise. La première star des compétitions, bientôt rejointe par Lynn Hill et Isabelle Patissier. En parallèle, elle part tourner des films dans l'Ouest américain, au Mali ou encore en Thaïlande.


Un parcours souvent comparé à celui de Lynn Hill, illustre grimpeuse américaine à qui l'on doit la première ascension en libre d'El Capitan, dans le parc national du Yosemite. Catherine a cependant su faire preuve de davantage de polyvalence.



L'ouverture aux Drus, du jamais vu dans l'alpinisme féminin !


Lassée des compétitions, elle s'investit davantage dans l'alpinisme, notamment dans le solo des grandes faces nord. Sa rencontre avec Jeff Lowe, pionnier de la cascade de glace, permet à Catherine d'élargir son horizon vers le Karakoram (Pakistan) où elle gravira la Tour de Trango.


S'en suivent de remarquables performances dans les Alpes. Solo du pilier Bonatti puis ouverture d'une nouvelle voie sur les Drus. "Au début, ce ne fut qu'une idée, une sorte de rêve" se souvient l'alpiniste dans "Ascensions", son autobiographie publiée en 2012 aux éditions Arthaud. "Ayant les Drus tous les jours sous les yeux, je me surpris à observer la face sud-ouest plus attentivement. Beaucoup de lignes y avaient déjà été tracées, mais j'y découvris un secteur vierge. [...]. Il devait être possible de la gravir en artificielle. [...]. Je décidai donc d'ouvrir ma voie sur les. Drus. Ce magnifique pic, pointu à souhait, m'offrait mille mètres de paroi à gravir. [...] L'objectif, pour moi, était de taille, mais j'étais prête à mettre toutes les chances de mon côté : étudier le matériel et les vêtements les plus adaptés, réfléchir à une tactique et, dans un premier temps, aller rejoindre Jeff aux Etats-Unis pour qu'il m'enseigne les techniques d'escalade artificielle".


24 juin 1991, Catherine s'élance dans la paroi. Au programme : onze jours d'escalade artificielle et de bivouacs en solitaire. Du jamais vu dans l'alpinisme féminin ! "Depuis plus de vingt ans, personne en France n'avait plus réalisé ce style ascension, explique-t-elle dans son autobiographie. La tendance des années quatre-vingt étant à la rapidité et aux enchaînements de parois, mon ouverture de voie en solitaire pendant plusieurs jours passa pour une nouveauté. En outre, le fait que je sois une fille ne fit que renforcer l'intérêt des journalistes".


"J'étais devenue une vraie alpiniste"


Prochaine étape : gravir les trilogie des Alpes - les Grandes Jorasses, le Cervin et l’Eiger - en solitaire. Sur l'Eiger, mythique sommet suisse de 3967 mètres, en hiver, à vue et en une journée, Catherine signe une "vraie première", une ascension qu'aucun homme ni aucune femme n'a jamais réalisé jusqu'à présent.


"Mon objectif secret : réaliser un vieux rêve en gravissant la face nord de l'Eiger par l'itinéraire de Heckmair et ses compagnons, se souvient Catherine. Cette face nord me fascinait. La première fois que j'en entendis parler, j'avais huit ou dix ans. Un été, alors que nous étions en vacances dans les Alpes suisses, la presse localee avait relaté un accident qui y été survenu. [...] Mon père me dit que Eiger voulait dire Ogre : une tueuse. Tout cela m'impressionnait".



À l'issue d'une longue ascension, que Catherine raconte en détail dans le podcast "La légende de l'Eiger", réalisé par les Others, l'alpinisme a droit à la reconnaissance de ses pairs. "Leurs rapports avec moi changèrent, explique-t-elle. Certains me félicitèrent, d'autres me proposèrent d'aller grimper avec eux. Ces marques de reconnaissance me firent plaisir, car j'avais l'impression que je n'étais peut-être plus à leurs yeux la grimpeuse avant tout médiatisée. J'étais devenue une vraie alpiniste".


Piolet d'Or, l’un des prix les plus respectés dans le milieu


La suite logique étant l'Himalaya, Catherine fait une tentative au pilier ouest du Makalu (8481 m), puis signe un succès, en 1994, au Shishapangma (8027 m) avant de réaliser une nouvelle tentative d'ouverture, sur l'Annapurna (8091 m) cette fois-ci.


Après la naissance de son fils, en 1996, elle clôt la décennie 1990 par un solo d'envergure dans les Dolomites : la directe Brandler-Hasse sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo.


En 2009, elle allie sa passion pour l'alpinisme et celle des livres en créant sa propre maison d'édition, "Les Editions du Mont-Blanc". Quelques années plus tard, en 2020, l'intégralité de sa carrière sera récompensée aux Piolets d'Or. C'est la première femme à recevoir ce prix, l’un des prix les plus respectés dans le milieu.

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