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Portrait - Julia Chanourdie, grimpeuse professionnelle "en mode confinement"

Même si la plupart des grimpeuses te connaissent déjà, peux-tu rapidement te présenter ?

Je m’appelle Julia Chanourdie, j’ai 23 ans, et je suis grimpeuse professionnelle et de haut niveau. J’ai grandi à Annecy, et j’habite aujourd’hui à Lyon. Je viens d’une famille de grimpeurs, mes parents tenaient la salle d’escalade Freestone à Argonay, près d’Annecy. Ma sœur Lucie et moi-même sommes tombées dans la grimpe étant petites ! Cette salle était notre vraie salle de jeux. J’ai toujours été habituée à grimper autant en salle qu’en falaise, c’est pourquoi aujourd’hui les deux pratiques font partie de mon équilibre. J’ai commencé la compétition à l’âge de 8 ans. J’ai tout de suite accroché ! Parallèlement, je pratiquais l’athlétisme autant que la grimpe. J’avais la même détermination en compétition. J’ai finalement arrêté à l’âge de 14 ans. Mon père est rapidement devenu mon entraîneur, il l’est encore aujourd’hui, et cela fonctionne à merveille ! Récemment, je me suis qualifiée aux premiers Jeux Olympiques d’escalade qui auront lieu à Tokyo en 2021. A contexte particulier, question particulière… Peux-tu nous dire où tu es confinée ? Comment occupes-tu tes journées ? Quels changements apporte cette situation nouvelle pour toi ?

Je suis confinée chez mes parents, à Aviernoz, en pleine campagne. J’ai la chance d’avoir une salle d’escalade privée derrière la maison, qui me permet de m’entraîner correctement. Mon père a construit ce pan il y a environ 10 ans à un moment où j’en avais particulièrement besoin. Aujourd’hui, en cette période particulière, je sais que j’ai beaucoup de chance d’avoir ça à domicile.

Mes journées sont rythmées par le sport, en effet je grimpe beaucoup, je fais aussi pas mal de cardio, et de prépa physique. Je ne me prends pas la tête pour l’entraînement car les objectifs sont loin et il faut garder la motivation. Je pense que ça ne sert à rien de trop en faire maintenant, alors je fais les choses à l’envie, au feeling. J’ai bien la forme, et j’arrive à toujours trouver des idées pour ne pas me lasser, alors le sport m’occupe beaucoup dans mes journées. A côté, j’en profite pour bronzer avec un bon bouquin, regarder des séries, appeler la famille et les copains. En famille, on joue beaucoup, on fait des bons petits plats,… pas de quoi se plaindre ! Cette situation me fait du bien, dans le sens ou je suis habituée à énormément bouger pour grimper, en falaise, ou dans toutes les salles de la région Rhône-Alpes, alors je profite d’être au calme ! Les JO ont été reportés d'un an, comment as-tu vécu cette annonce ? Comment adaptes-tu ton entraînement pour cette échéance ? Je m’attendais à apprendre que les Jeux seraient reportés au vu de la situation, je n’ai pas été choquée, et je me doutais que ça allait bouger. Je trouve que c’est la meilleure décision, en ce moment il y a des priorités, et si les Jeux avaient eu lieu cet été, il y aurait eu des problèmes d’équité entre les athlètes, ça n’aurait donc pas été juste. Personnellement je suis assez contente car cela me laisse un an de plus pour me préparer au mieux ! Ce report permet aussi de prendre ce confinement avec plus de légèreté, d’où le fait que je n’ai pas un planning précis et que je grimpe au feeling. Mon super pan me permet de faire ce qu’il faut pour garder le niveau, et les sensations. Si j’ai envie de faire une petite séance alors je n’essaye pas d’en faire plus, et inversement, si j’ai envie de grimper à fond alors je le fais a muerte !


Ta super performance à Saint-Léger-du-Ventoux (à découvrir en vidéo sur ta page Facebook) juste avant le début du confinement a fait beaucoup parler d'elle. Encore bravo ! As-tu d'autres objectifs en falaise ?


Effectivement, j’ai vraiment enchainé Super Crackinette à temps ! Je n’ai pas d’autres objectifs pour le moment, je ne me projette pas car c’est difficile de savoir ce qu’il va se passer dans les mois à venir. Si les compétitions sont reportées à l’automne, alors j’envisagerais de profiter de la falaise cet été tout en m’entraînant pour les JO, mais je ne sais pas encore où ! Tu as été coach à Grimpeuses. Qu’as-tu pensé de cette expérience ? Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

Cette journée à Grimpeuses était une superbe expérience pour moi. Je pense que ce que je retiens le plus, c’est le partage avec toutes ces super nanas. Le fait d’être entre femmes crée une ouverture plus importante vers les autres, et nous pouvons partager des choses plus profondes. Pour ma part, j’ai dévoilé des choses très personnelles, il y a d’ailleurs encore un peu de chemin de reconstruction, mais je me suis sentie bien après avoir partagé cette histoire avec les grimpeuses. J’ai compris que ce témoignage en a aidé certaines à se confier également. J’ai trouvé ça beau, et j’ai senti une véritable union, que j’adorerais revivre ! Qu’aurait été ta vie sans escalade ? En d’autres termes, où l’escalade t’a menée ? Aujourd’hui, l’escalade est une passion, un métier, un objectif, un exutoire, une liberté… Ma vie est rythmée par la grimpe depuis toujours. Personnellement, je sais que j’ai grandi très vite grâce à l’escalade, j’ai acquis une certaine maturité assez jeune. La compétition m’a appris à développer des questionnements étant plus jeune que beaucoup ne connaissaient pas au même âge. En effet, ce milieu, développe le regard sur soi, le dépassement de soi, les motivations, les questions d’estime de soi, l’empathie, la conscience de soi, le fait de vivre l’instant présent à 100%, et beaucoup d’autres choses encore… Parallèlement la falaise est pour moi la définition de la liberté. Je m’y sens bien, en pleine nature, à grimper, se faire plaisir et chercher la limite physique et mentale. La falaise regroupe la passion, la liberté et l’objectif. C’est pourquoi j’aime cet équilibre entre la compétition et la falaise, ces deux éléments se combinent parfaitement bien et font de moi une grimpeuse épanouie ! Professionnellement, l’escalade me fait désormais vivre, je suis accompagnée par plusieurs sponsors, et le statut d’athlète olympique a changé des choses au niveau financier. En effet, cela a créé une relation plus importante avec mes partenaires, en plus d’avoir créé de nouveaux partenariats. De plus, j’ai intégré l’armée des champions, je deviens donc militaire en plus de mon statut de grimpeuse professionnelle. Voilà pourquoi il m’est difficile d’imaginer ma vie sans l’escalade pour le moment ! J’ai tout simplement envie d’en profiter à fond !

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                                                © Grimpeuses 2020, un évènement du Women's Climbing Symposium

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