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Portrait - Fanny Girard, maman grimpeuse

Salut Fanny, avant de commencer, peux-tu te présenter ?

Bonjour Coralie ! Alors, je suis Fanny, normande, j'ai grandi à un endroit où les conditions météo n’avaient que très peu d'influence sur mes journées. J'ai passé une huitaine d’années au Puy-Ste-Réparade où je bossais pour l'atelier Pierre Œuf, et ça fait maintenant dix ans que je vis dans les Hautes-Alpes avec mon amoureux et nos deux enfants.

Je travaille pour la commune de St-Martin-de-Queyrières.


Comment as-tu commencé l’escalade ?

Vers six ans, quand mon père a créé le club d’escalade d'Houlgate.

J'ai grandi au sein de ce club, dans un milieu associatif.

Un club réputé pour avoir des gros dévers, des gros bacos, des gros bourrins. (Petit clin d'œil aux minéral lovers).


Comment as-tu vécu cette année particulière ? (En tant que grimpeuse mais aussi dans ta vie en dehors de l’escalade)

Ah ben c'est sûr, 40 ans, c'est pas rien, on ramasse… et puis en général on dit que c'est la maturité….

Ah, pardon bien sûr, tu parles du covid, du confinement, tout ça… évidemment !!!! Eh bien je ne sais pas s'il y avait un meilleur endroit pour être confiné. On habite à 5mn de la falaise du Batheoud. J'ai plein de projets là-bas. Les 6b sont déjà bien retors, donc il y a de quoi m’occuper à vie. Le confinement a été aussi l’occasion de découvrir un bloc juste à côté de la maison et de faire un petit pan sur la terrasse.


Voilà, si tu n’attends pas une analyse politique de la situation mondiale (je t'en remercie) je pense que c'est une année qui nous a amenés à réfléchir autrement, que ce serait bienvenu que ça s’arrête maintenant…

Et puis on a eu une fabuleuse édition du Tout à bloc !!!


La plupart du temps, tu grimpes dans les Hautes-Alpes. Quel est ton spot de grimpe favori là-bas ?

Difficile cette question….

Comme tout le monde j’aime le caillou plutôt solide et avec du grain…😅

Et comme j'ai pas un gros niveau, je ne peux pas profiter des sites majeurs tels que la Saume, le Rocher des brumes…. Même le perchoir je n'y suis jamais allée !

J’ai surtout des créneaux de moins de 4h, donc je profite des nombreux sites qui se prêtent à des séances courtes… Les traverses, Rif haut et bas, Jo tango, Rocher Baron, Montdauphin, Panacelle… il y a encore plein d’endroits où je ne suis jamais allée ! Ça passe trop vite… il faudrait se décider à travailler moins… Cet été j'ai grimpé un peu avec Caro et James (ndlr : Caroline Ciavaldini et James Pearson) donc j’étais jamais autant allée à Entraygues.

Mais vraiment l’endroit où je préfère être par ici c'est Ailefroide. Même quand j'y vais seule je rentre avec le smile.


Ton compagnon est guide de haute montagne. N’est-ce pas compliqué d’accepter certaines prises de risque sans pourtant lui mettre des freins ? En ayant un boulot « normal », n’est-ce pas trop difficile d’exister à côté de sa vie d’aventures ?

Ce qui est pratique pour mon Sylvain, c'est que je ne connais rien à la Montagne. Je suis super calée sur les techniques de cordes, mouflages, nœuds Dufour, à 10ans, je faisais même des nœuds au bout de mes cordes de rappel au mur d'houlgate, alors qu'on voyait très bien que la corde allait au sol… Je suis calée pour faire des prises, des moules, des murs. Mais la montagne ! Bref, je ne lui mets aucun frein (en ce qui concerne la montagne).

Si, maintenant que j'y pense, je ne l'ai pas encouragé pour le parapente. Mais si ça avait été vraiment important pour lui, je pense qu'il aurait su me convaincre.


« Exister à côté de sa vie d’aventures »

Ça alors, quelle drôle de question ! Bon, déjà Sylvain ne communique pas du tout sur ce qu'il fait, donc il n'y a pas le côté femme de footballeur à assumer. Je me suis posée des questions existentielles, autant celle-là pas du tout.

Les femmes de guide rencontrent quelques difficultés, je dirais surtout quand les enfants sont petits, et on est une bonne brochette à se serrer les coudes, mais à ma connaissance pas celle d'exister !!! On n’est pas tous taillés pour l’aventure, et moi, quand je me jette avec les dents sur le relais d’un 6b à Buoux, je trouve que c’est déjà une grande aventure.


Les notions de prises de risques, les accidents…

Il y en a, on ne peut pas l’éluder… ça tombe toujours plus ou moins loin du groupe d’amis… Ça met toujours une claque, … je ne suis pas sûre d’être légitime pour en parler, et de toutes façons je ne trouve pas les mots…


Pour revenir à mon job « normal », j'avoue qu'en soirée, « je bosse dans une mairie », ça claque moins que quand je disais « oui, je construis des murs d'escalade chez Pierre Œuf ». Mais mon job normal, mon chéri et moi, on fait une bonne équipe.

Pour les gosses, les vacances, les mercredis, et même la sécurité de l’emploi, là en période de Covid, c’était imparable.

Et puis j'ai un côté bisounours qui colle mieux avec le service public qu'avec le monde de la métallurgie ou de l’industrie auquel auraient pu me destiner mes études….


Tu as été coach à Grimpeuses. Qu’as-tu pensé de cette expérience ? Est-ce que ça t’a apporté quelque chose personnellement ?

Caro m'a offert cette chance. Fanny au milieu des grandes ! Waouuuuuh, c’était dément.

J'adore. Mettre en confiance, encourager, voir qu'on est capables….

Caro était enceinte et m’avait demandé de faire une conférence sur la grimpe quand on est maman. Et c'est vrai que même avec deux enfants la motivation est toujours là, j’aime trop ça.

D’ailleurs quand je grimpe pas je suis vite pénible.

En rentrant de Grimpeuses on se sent comme en rentrant de colo quand on est ado. Plein de super souvenirs dans la besace, on garde la tête là-bas quelques temps…



Une vie sans escalade, c’est possible pour toi ? Qu’est-ce que t’a apporté ce sport ?

J'ai bien pensé à tout ce que je pourrais faire si j’arrêtais de grimper…

Chanter, danser le tango, apprendre à cuisiner, faire du shopping pour avoir plus de style… c’est sûr que ça libérerait du temps ! Mais franchement non… J'aime trop ça ! J'aime quand mon corps répond, quand j'ai des bons déclics en tête, si j'ai pas le mental, je me régale en moule… Et puis par ici, c'est dans l'air. Les copines sont des bêtes de motivation.


En bonus : une vidéo de Fanny en pleine ascension à Buoux (84) "à l'époque où les drones n'existaient pas" !


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