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Ecologie : Eline Le Mesnestrel, "À ma génération"

Eline Le Menestrel, grimpeuse fanatique de voies et big wall en tous genres, venue en train/vélo à Grimpeuses, se définit comme activiste. Et au vu de l’urgence climatique, on comprend bien pourquoi. Nous sommes d’ailleurs de plus en plus nombreux à vouloir faire changer les choses, que ce soit par des petits gestes au quotidien ou par des actions plus conséquentes. Face aux différentes prévisions (rapports du GIEC entre autres), difficile de garder espoir. Un blues qu’Eline connaît bien. Sa solution pour y faire face ? Ce qu’elle appelle un “mashup inspi/courage”. Tout est dit dans le nom. Bonne nouvelle, elle a rassemblé ça dans un document partagé. On vous dévoile ainsi un de ses textes, intitulé "À ma génération".


À ma génération


"À toi qui écoutes, à toi qui observes, qui refuses de te bander les yeux, à toi qui cherches à

comprendre et qui remets en cause. À toi qui réfléchis, qui te poses cent questions, à toi qui veux apprendre de l'histoire et de nos erreurs passées. 


À toi qui pleures de rage et d'angoisse, qui se déchire en voyant où on en est et comment on en est arrivés là. À toi qui te sens submergée par l'ampleur de la crise, cette crise de la vie que tu as appris à discerner dans tes actions quotidiennes et celles de tes proches, dans ces raisonnements obsolètes et ces justifications bancales que tu juges hypocrites et profondément dépourvues de bon sens. Cette crise est partout et l'angoisse te tord les entrailles à chaque fois que tu écoutes les nouvelles. Où sont les vraies questions ?


La planète brûle ! Elle est en feu, là juste sous nos yeux ! Les glaciers fondent, les espèces disparaissent, les arbres meurent, le climat se dérègle, l'air et l'eau sont de plus en plus pollués. Rien de nouveau, cela fait 125 ans qu'on le sait. Du haut de tes 20 ans, tu te sens profondément responsable et tu trouverais plus juste d'entendre qu'ON rase la terre, qu'ON fait fondre les glaciers et disparaître les espèces, qu'ON coupe des arbres : 40 par seconde soit 2400 par minute et 144000 par heure, qu'ON dérègle le climat et qu'ON tari l'air et l'eau. Et tout ça pour quoi ?


Pour faire tourner un système hystérique qui nous éloigne inexorablement de la Nature et de notre nature, tout ça pour continuer à produire, consommer, croître ?


À toi qui n'y crois plus, qui n'y as peut-être jamais cru et qui, face à l'effondrement, as l'audace de prendre tes idéaux comme point de départ. À toi qui commences par rêver. À toi qui vois le ciel à la portée des doigts et qui oses te lancer dans un projet sans savoir si d'autres te suivront. À toi qui rassemble, qui organise, à toi qui t'engages. 


À toi qui essayes, qui rates et qui recommences toujours car tes rêves restent intacts. À toi qui se dresses, debout sur tes deux jambes, le sourire aux lèvres ou les larmes aux yeux pour l'ouvrir bien grand encore une fois puisque tu n'es toujours pas d'accord et que tu penses qu'on peut mieux faire, beaucoup mieux faire, tellement mieux faire. 


À toi qui prends ton courage à deux mains et qui passes à l'action en trouvant un moyen de commencer quelque part malgré cette angoisse dans laquelle tu nages. Il y a certes des jours où tu craques, des jours où tu n'en peux plus, des jours où tu imploses. Pas facile d'avoir un pied dans le système d'hier et l'autre dans le monde de demain. Tu te sens rattrapée par tes propres contradictions et tu te casses la gueule en trébuchant sur un paradoxe. 


Le visage contre le bitume, tu as mille peurs : peur de te tromper, peur de ne pas être à la hauteur, peur de passer pour une donneuse de leçons ou pour une idéaliste naïve, peur de mener un combat perdu d'avance, peur que tout ce que tu aimes le plus disparaisse : qu'il n'y ait plus de pluie en automne, plus de neige en hiver, plus de bourgeons début mars, plus de goût dans les fruits, plus de rayons de soleil aimables, ceux qui caraissent sans brûler, plus d'oiseaux pour accueillir l'aube, plus de fleurs, plus d'insectes, plus de vent, plus de nuages, plus de vert, plus de bleu. Dans ces moments-là, tu te sens grain de sable, minuscule goutte d'eau, infime poussière. 


Pourtant tu es immense, les gens te voient et ils t'écoutent pour la première fois. Ils te regardent te relever et continuer d'avancer vers cet idéal auquel tu crois, auquel toutes tes cellules de ton corps croient. Car tu es fille de la nature, toi au moins tu t'en souviens et en gardant ton cap aujourd'hui tu nous rappelles que nous le sommes tous. 


Alors quand tu sens le découragement te gagner et l'espoir te quitter, quand la peur te paralyse et qu'il te semble qu'essayer de faire ta part ne sert plus à rien, écoute ton coeur. 


Lui qui bat au rythme des saisons, lui qui pleure pour les abeilles et les coquelicots, lui qui frémit à la vue d'une montagne ou à l'odeur de la mer. Il est encore là, il sera toujours là. 


Il regorge d'espoir et ne fléchit pas car il sait voir la beauté du monde, car il a encore l'audace de croire en l'homme. 


L'écouter est ta plus grande force".


Retrouvez l’intégralité du “mashup inspi/courage” d’Eline ici (il vous faudra simplement lui envoyer un petit message pour obtenir l’autorisation d’y accéder).


Crédits photos : Yannick Long (article) & Victoire De Pascau (en tête)


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